Sui Jianguo : emmener la sculpture chinoise toujours plus loin

JON BURRIS*

L'atelier de Sui Jianguo qui se trouve dans la banlieue de Beijing serait le rêve de tout sculpteur du monde. Il est composé de deux bâtiments à deux niveaux reliés entre eux, chacun ayant la forme d'un rectangle de 50 pieds sur 80 (environ 15,2 mètres sur 24,4), ouverts à l'étage et éclairés par la lumière du jour.

Une partie du complexe sert de bureau et de bibliothèque à Jianguo. Au milieu de cette vaste salle se trouve une imposante table en bois aux pieds d'acier montée sur roulettes. Des ordinateurs, des imprimantes ainsi que d'autres équipements high-tech y sont posés. Derrière la table, prenant les trois quarts du mur, du sol au plafond, il y a des étagères remplies de magazines et de catalogues. Ailleurs dans la pièce se trouvent trois tables de travail de style moderne sur lesquelles sont posés des piles de crayons, des impressions de rendus informatiques et des maquettes de projets en cours.

L'aménagement du coin au fond de la pièce dégage un fort contraste avec ses canapés en cuir de style art-déco, ses fauteuils de salon, et ses meubles antiques chinois. Sur les murs de ce coin de pièce sont affichés des dessins datant des années 1980 ainsi que des affiches d'expositions que Jianguo a effectuées dans différents pays.

On accède au bâtiment voisin par deux immenses portes métalliques qui s'ouvrent sur un vaste espace de travail qui est son atelier de production. S'y trouvent de grands moulages de sculptures figuratives classiques en plâtre et en argile, un squelette humain grandeur nature, et ce qui ressemble à une vertèbre de dinosaure pend d'un treuil fixé au plafond. Des assistants assis à des tables sont occupés à assembler des maquettes constituées de petites pièces métalliques.

Trônant au centre de la pièce, se trouve une sphère en acier de 8 pieds (2,4 mètres) de haut, laquelle tient compagnie à une autre sphère métallique de 12 pieds (3,70 mètres). Ces deux objets font partie de l'installation appelée Mouvement/Tension qui a été exposée en septembre 2009 au Musée d'Art contemporain de Beijing. La combinaison de sculptures d'influence classique et de travail moderne abstrait peut sembler anachronique mais est totalement représentatif de la large palette d'intérêts de l'artiste. C'est justement ce qui fait qu'il est difficile de le comparer, artistiquement et chronologiquement, aux autres artistes de sa génération. Pour les connaisseurs occidentaux, Jianguo est probablement plus connu pour sa série Legacy Mantle.

« Tout le monde compare ces travaux à la veste de Mao, dit Jianguo, mais ils étaient influencés par le design original du costume de Sun Yat-Sen, appelé 'costume Zhongshan'. Je suis allé visiter la ville natale de Sun Yat-Sen dans la province du Guangdong en 1996 et j'en ai ramené une brochure parlant de l'histoire de ce costume qui a plus tard été associé avec la veste de Mao durant la Révolution culturelle. Un an plus tard, j'ai eu l'idée de sculpter la veste de costume vide alors que j'étais en Australie et entendait les gens plaisanter en disant que tous les Chinois portaient les mêmes habits et mangeaient la même nourriture ! L'erreur qui est faite à propos des artistes de ma génération est de croire que nous n'avons été influencés que par la Révolution culturelle. Nous connaissions l'histoire qui a précédé cette période et il y avait de nombreuses icônes culturelles desquelles nous pouvions nous inspirer. »

Jianguo a obtenu un Master à l'Académie centrale des beaux-Arts de Beijing en 1989 et est devenu un directeur très influent du départment de sculpture de l'Académie, position qu'il a récemment abandonnée. Il admet avoir vécu à « l'époque la plus intéressante artistiquement parlant », mais n'a découvert sa voie personnelle qu'en 2005 lorsque son travail est devenu plus conceptuel et qu'il a réalisé que la génération d'étudiants à qui il enseignait avait besoin de développer son propre langage.

Aujourd'hui Jianguo emmène la sculpture chinoise encore plus loin en explorant des thèmes comme le temps et l'espace, ainsi que la façon dont le public interagit avec l'art dans une série appelée The Shape of Time (La Forme du Temps, en français). Il n'a néanmoins pas abandonné le slogan « Made in China » auquel faisait référence une de ses anciennes séries. En fait, il veut breveter son usage : « Dans les années 1960, tout était 'Made in Japan', dans les années 1970 'Made in Taiwan' et dans les années 1980 'Made in China'. Nous sommes aujourd'hui 'capitalistes' et c'est le symbole iconographique le plus fort que nous ayons ».

 

*JON BURRIS, photographe et auteur de renom, a écrit sept livres à propos de la photographie et de l'art contemporain. Ses propres photographies font partie de collections privées et institutionnelles dans le monde entier.

 

Source : La Chine au présent

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