Chine, opéra de légendes à Marseille

La Compagnie Nationale de Chine d’Opéra de Pékin invitée pour deux soirées à l’Opéra de Marseille.

Dans le cadre des manifestations commémorant le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, l’Opéra de Marseille invitait pour deux soirées la Compagnie Nationale de Chine d’Opéra de Pékin.

La Légende du Serpent blanc est un des ouvrages les plus populaires de ce répertoire mal connu du public occidental. Pourtant le succès remporté dès la première représentation vendredi soir montre à quel point la curiosité des marseillais peut être aiguisée, pour peu qu’on leur fournisse matière à rêver et s’évader vers d’autres horizons. Passé le premier sentiment de profonde étrangeté ; ces voix de tête, cette diction appuyée, cette gestuelle extrêmement codifiée, le spectateur plonge dans un univers sonore et formel passionnant. « Adieu ma concubine » le film de Cheng Kaige, Palme d’or à Cannes en 1993, avait déjà familiarisé le spectateur français avec ce monde de codes, de rites tout aussi rigoureux que pouvaient l’être ceux de l’opera seria de l’époque baroque. Le chant alterne aux récitatifs accompagnés aux percussions, les chorégraphies de combats s’animent d’acrobaties spectaculaires, de jongleries démentes et de saltos vertigineux.

Un voyage sonore et visuel

Le dépaysement total est assuré tant pour l’œil que pour l’oreille. Un petit orchestre côté cour est constitué de cordes ; vièle de Pékin, luth en forme de lune, de vents ; orgue à bouche, flûte traversière, hautbois coniques et de percussions ; tambours, gongs et cymbales. Les solistes et les danseurs, en costumes traditionnels racontent l’histoire proche de la Petite Sirène, d’un amour impossible entre le serpent blanc, sous la forme d’une jeune femme et d’un jeune homme naïf. Leur amour est jalousé par un moine qui expédie l’amoureux dans l’autre monde où la jeune fille, à rebours d’Orphée, ira le chercher au péril de sa vie. Cette légende, très populaire en Chine a été plusieurs fois adaptée dans les genres les plus variés, de la poésie au cinéma. Il est difficile pour nous de juger une performance vocale tant les canons esthétiques de ce genre lyrique diffèrent des nôtres. Les quatre solistes impressionnent par le raffinement de leur gestuelle. Li Shengsu, le Serpent Blanc, Xiao Qing, sa confidente, le Serpent Bleu, Jiang Qihu, le jeune homme et Yu Kuizhi, le moine constitue la base d’une distribution que l’on devine exceptionnelle. On peut seulement regretter que ces deux seules représentations n’aient pas permis à un public plus large de profiter de ce voyage sonore et visuel dans un monde musical passionnant qui avait tant inspiré Puccini pour son Turandot.

Patrick De Maria

Laissez un commentaire

Agenda