Le retour du Roi des singes, le retour de l’espoir

Sun Wukong a encore frappé ! Cette fois-ci au cinéma, dans un film d'animation 100 % made in china qui a créé une véritable vague sur les réseaux sociaux et parmi la société chinoise. Mais qu'a encore manigancé ce vilain singe farceur ?

WANG WENJIE, membre de la rédaction

Le dessin animé Le Roi des singes : retour du héros (Monkey King : Hero Is Back) a totalisé 618 millions de yuans, prenant la tête du box-office des dessins animés projetés en Chine, en dépassant en 16 jours l'ancien record de 617 millions de yuans établi par Kung Fu Panda 2 en 2011. Le 17 août, le box-office de ce film a dépassé 900 millions de yuans, ce qui manifeste amplement que les dessins animés chinois ne manquent pas de spectateurs. Mais les dessins animés chinois, manquent toujours d'œuvres avec des scénarios intéressants et d'un langage à même de représenter une certaine culture orientale.

Enthousiasme et acclamations

Même le réalisateur Tian Xiaopeng n'avait pas imaginé que son dessin animé dont la promotion était très modeste obtiendrait un tel succès. « Nous avons eu de la chance. C'est peut-être que l'émotion des spectateurs avait été contenue depuis longtemps, et en voyant notre dessin animé qui est passable, leur réaction a été un peu exagérée », dit modestement M. Tian, qui a passé huit ans à produire cette animation.

Les rôles et le scénario du Roi des singes : retour du héros sont inspirés de Le Pèlerinage vers l'Ouest, un des quatre classiques de la littérature chinoise, et sont interprétés de nouveau. « Pourquoi avons-nous choisi ce thème, c'est parce qu'il contient en lui-même de la magie et du Kung-fu, qui rendent bien dans un dessin animé en 3D », nous explique-t-il.

Guo Cui, amatrice de dessins animés de 28 ans, donne une note de 85 points à ce film : « J'aime bien le début du film. Le rythme est rapide, il résume très bien la scène du Roi des singes contre l'Empire céleste. Bien que le scénario soit l'objet de la condamnation générale, on ne peut pas nier que c'est une œuvre très sincère. Je suis passionnée par les dessins animés, donc cette note est certainement influencée par des facteurs émotionnels individuels. Pour les spectateurs chinois, habitués à des dessins animés pourris et aux ascenseurs émotionnels à cause du niveau des films d'animation chinois, une telle œuvre est digne d'être reconnue. »

« Je me sens réconforté de voir un film d'animation chinois de ce niveau. Il n'y a pas de succès facile. Le futur est plein de difficultés, il y a encore beaucoup à faire pour obtenir de bons résultats. C'est le début de quelque chose et également le signe d'un changement de direction des dessins animés chinois », a écrit la caricaturiste professionnelle Dong Dong sur son microblog.

Après que Le Roi des singes : retour du héros est à l'affiche, de nombreux réseaux sociaux ont été pris d'assaut par ce singe marrant. Beaucoup d'internautes ont mis en ligne leurs œuvres dérivées du film : peintures, sculptures en argile, pins en caoutchouc, gâteaux fondants, etc. Que le film ait fait tant réagir les spectateurs est déjà réjouissant. En effet, en Chine, seuls les grands films américains ou européens étaient à même de créer ce genre de phénomène.

Chang Jiang, enseignant de la faculté de journalisme de l'université Renmin analyse : « Les spectateurs chinois sont vraiment très enthousiastes et prêts à vous acclamer si vous manifestez un peu plus de sincérité que vos collègues. »

 

Un scénario insatisfaisant

Le Roi des singes est aux Chinois ce que Robin des Bois est aux Occidentaux. « Dans une certaine mesure, Sun Wukong est le reflet de la personnalité des Chinois. D'une part, il choisit de contenir son désir et sa part diabolique, pour obtenir un soi-disant succès ; d'autre part, il recherche de tout son possible l'origine de son désir et de sa folie, pour en obtenir une compréhension et une sérénité, décrit Chang Jiang. Sun Wukong accompagne les Chinois à toutes les étapes de leur vie et continue d'être leur idole de référence dans leur vie culturelle. »

Selon Tian Xiaopeng, son intention première en réalisant ce dessin animé était de transmettre l'esprit de Sun Wukong, un héros commun aux Chinois de génération en génération : « À notre époque, on a besoin d'un héros, le Roi des singes est à la fois un symbole culturel et un condensé de l'esprit chevaleresque oriental. »

Malgré un box-office satisfaisant et des critiques assez bonnes, il faut être honnête : le scénario est pauvre et le rythme terne. D'un bout à l'autre, le film est incapable de manifester une apogée et une vraie tension, d'autant que la fin, un peu brutale, a laissé beaucoup de spectateurs sur leur faim.

« Le progrès des technologies et le sérieux de l'équipe de production sont incontestables, mais si l'on ne parle que du scénario, les dessins animés chinois manquent encore d'habileté à raconter une histoire, critique Zheng Han, cinéphile et employée de l'Association des écrivains chinois. Ce serait bien que les scénaristes apprennent un peu du style narratif du Hollywood. Mais le scénario est parfois incompréhensible. Par exemple le passage où surgit le troupeau de monstres avec Shrek et Toothless c'est vraiment bizarre dans un film d'animation d'inspiration orientale. »

« Le Roi des singes : retour du héros est un film réussi en matière d'opérations commerciales et d'effets sociaux, ce qui se manifeste non seulement par son financement participatif et ses recettes, mais aussi par l'attention qu'il a permis d'attirer sur le développement des dessins animés made in china et le marché des produits dérivées. Mais je ne peux que lui donner 75 points », commente Wang Xin-yi, rédactrice pour un magazine, qui est allée voir le film au cinéma avec son fils de 6 ans. « Les images sont raffinées, on retrouve une certaine harmonie entre des éléments traditionnels chinois et le goût contemporain. Le film pêche au niveau de l'histoire qui est bancale et le rythme narratif désordonné. La musique de fond et la synchronisation sont un peu bidouillées. On dirait que le film a été fait à la hâte et manque de confiance. »

Rêve et nostalgie

Le Roi des singes : retour du héros a changé la vision des spectateurs chinois sur les dessins animés produits en Chine : production grossière, manque de créativité, plagiat et puérilité. Face à l'animation chinoise « dépressive », de nombreuses œuvres populaires qui excellent à employer les facteurs chinois ont vu le jour à l'étranger, citons Mulan (1998) et Kung Fu Panda (2008). Pour les Chinois, c'est bien le fait que les histoires chinoises plaisent, mais les productions chinoises ne sont pas à la hauteur, une situation bien embarrassante…

Pourtant, les dessins animés chinois n'ont pas toujours été ainsi. Ils ont aussi eu leurs heures de gloire. L'âge d'or de l'animation chinoise est apparu dans les années 80 et au début des années 90. Période pendant laquelle est née une série d'œuvres excellentes dont Sheriff Black Cat, Calabash Brothers etc., qui sont devenues un héritage commun pour quantité de personnes, et surtout la génération née dans les années 80.

Dans ce contexte, le film de Tian Xiaopeng semble extrêmement précieux. Certes, son succès a tiré profit de la nostalgie des Chinois pour les dessins animés made in china. Mais selon M. Tian, on voit aussi que les adultes peuvent être les sujets des dessins animés, et que les animateurs chinois ne sont pas si nuls que cela. Il nous confie : « Beaucoup de mes collègues travaillent inlassablement, leur rêve au fond du cœur. J'espère que le marché leur donnera plus d'occasions, et plus d'espace pour créer de meilleures œuvres ».

« La génération actuelle des dessinateurs a pu appréhender les films d'animation américains, européens et japonais, et a reçu une formation professionnelle. Il n'est pas étonnant qu'un réalisateur si jeune possède déjà un tel jugement esthétique et une telle capacité créatrice. Imiter les dessinateurs étrangers ne représente qu'une transition pour eux. Le Roi des singes : retour du héros est non seulement l'apogée d'une ère, c'est aussi le point de départ d'une nouvelle ère. J'espère qu'il pourra faire le vrai retour des dessins animés chinois s'accélèrer », conclut Zheng Han.

 La Chine au présent

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