L'histoire de Dunhuang

GAO Dexiang

Photographie GAO Dexiang

       L'histoire de Dunhuang est pluriséculaire et son processus de développement, complexe. Dès l'époque préhistorique, la région est peuplée par l'ethnie San Miao, qui vit de chasse et développe progressivement des techniques de production agricole primitives ainsi que la fabrication d'outillages tels que couteaux et haches en pierre.

       Sous les Printemps et Automnes (770 – 476 avant J.C.), Dunhuang fait partie de l'antique domaine de Guazhou où sont établies les tribus nomades des Qiang et des Rong, descendants des Sanmiao.

      A l'époque des Royaumes Combattants (475 – 221 avant J.C.) et sous la dynastie des Qin (221 – 206 avant J.C.), la région abrite les ethnies Dayueshi, Wusun et Saizhong. Cette période de cohabitation ne dure guère, et les Dayueshi, jouissant d'une puissance croissante, finissent par annexer les Qiang et les Rong. Vers la fin des Royaumes Combattants, les Dayueshi chassent les Wusun et les Saizhong pour occuper, seuls, Dunhuang.

       Le début de la dynastie des Han Occidentaux (206 avant J.C. – 23 de notre ère) marque l'envahissement du territoire de Hexi par les barbares Xiongnu qui mettent à deux reprises les Dayueshi en échec et les contraignent à fuir vers l'Ouest jusque dans le bassin des deux fleuves Amou-Daria et Syr-Daria. Les redoutables Xiongnu, forts de la puissance de plus de trois cent mille archers, annexent entièrement le couloir de Hexi et constituent une lourde menace contre le pouvoir central des Han Occidentaux.

       Pour garantir la sécurité aux frontières et assurer la libre circulation le long de la Route de la Soie, l'empereur Han Wu établit les commanderies de Wuwei et des Jiuquan en 121 avant J.C., celles de Dunhuang et de Zhangye en 111 avant J.C., avant d'y ouvrir les passes de Yangguan et de Yumenguan. "Disposer des quatre commanderies ; prendre appui sur les deux passes" demeurera célèbre au cours de l'histoire.

       A partir des Han Orientaux (25 – 220 de notre ère), le bouddhisme s'introduit progressivement vers l'est et Dunhuang, première terre chinoise d'accueil des cultures bouddhique et occidentales, nourrit un processus original d'assimilation de ces dernières avec celles de la Plaine Centrale et autochtone.

       Avec l'extinction de la dynastie des Jin Occidentaux (265 – 316), les régions du nord de la Chine connaissent une période de trouble et de division – l'époque des "Cinq Barbares" et des "Seize Royaumes". En 400, Li Hao se proclame roi à Dunhuang et y fonde le Royaume des Liang Occidentaux. Pour la première fois au cours de l'histoire, Dunhuang est capitale. Le gouvernement en place, avec pour but de pacifier et de stabiliser le pays, gagne la confiance de son peuple, tient en haute estime le bouddhisme dont il prône la loi, et entreprend la construction de temples et de pagodes. C'est dans un tel ferment social que les célèbres grottes de Mogao connaissent les prémisses de leur floraison. 

       Les Wei du Nord (386 – 534), après avoir vaincu les Liang du Nord, unissent la partie septentrionale du pays et occupent le Hexi. Ce moment atteste d'une ferveur accrue pour le bouddhisme. L'édification de grottes et de statues fait l'objet de normes strictes, le peuple participe avec enthousiasme au financement des constructions. La création de plus de dix grottes au cours de cette période, caractérisée par des moyens de production médiocres et par un très faible niveau de vie, témoigne d'une remarquable contribution au développement de l'art bouddhique de Dunhuang.

        La fondation de la dynastie des Sui (581 – 618) met un terme à la discorde qui perdurait depuis les Jin Occidentaux et marque l'unification de la Chine. Le pays ne cesse de se fortifier, le niveau de vie connaît une forte amélioration, et chacun aspire à une vie paisible. L'empereur Wen reconquiert le Hexi et pacifie les minorités Tujue et Tuguhun. Dans ce contexte d'ordonnancement du pouvoir étatique, la situation aux frontières est stabilisée de manière à garantir la pérennité de la Route de la Soie et l'ancien district Ningsha des Zhou du Nord (557 – 581) prend le nom de Dunhuang.

       En raison de son fervent attachement au bouddhisme, l'empereur Wendi des Sui accorde une extrême importance à l'édification et à la restauration des édifices religieux. Il ordonne la construction de pagodes et place les aspirations à une vie meilleure de son peuple dans la foi en le bouddhisme, lequel connaît sa période d'apogée dans le bassin du Fleuve Jaune. Dunhuang, terre d'accueil et d'introduction du bouddhisme, sous l'impulsion des décrets impériaux, se voit profondément marquée par les influences de cette religion. Temples et pagodes se propagent en ses lieux, les Forêts de Statues bouddhiques y sont édifiées. Les créations de Mogaoku se dressent les unes après les autres ; en l'espace de trente-sept ans, soixante-dix-sept grottes sont creusées, parmi lesquelles les modèles de plus grande envergure. Les styles des peintures murales et des sculptures sont empreints des arts de la Plaine Centrale. Il s'agit de la plus importante production de grottes en une aussi courte période.

       Au début de la dynastie des Tang (618 – 907), Dunhuang prend le nom de Shazhou. Son économie est développée, sa culture florissante, le bouddhisme prospère au sein d'une société stable. La construction des grottes de Mogao connaît une expansion sans précédent. Après la rébellion du Général An Lushan (755 – 763), la dynastie Tang entame une période de déclin alors que la royauté occidentale de Tufan se fortifie chaque jour davantage et s'empare des terres de Liangzhou, de Ganzhou et de Suzhou. A Shazhou, les cavaliers impériaux après avoir vaillamment résisté onze années, finissent par tomber à bout de forces et de munitions sous le joug de l'ennemi. La ville est annexée, le gouvernement de Tufan perdurera soixante-dix ans. En 848, sous le règne de l'empereur Xuanzong des Tang, Zhang Yihu, personnage originaire de Dunhuang, profitant de querelles intestines à la Cour de Tufan, fomente une rébellion et parvient à expulser l'envahisseur et à restaurer le pouvoir central à Shazhou. Suite à dix années de lutte pénible, il récupère les terres de Hexi et de Hehuang, et  retourne victorieux prêter serment d’allégeance à la Cour des Tang. Appointé par l'empereur gouverneur aux frontières, il détient sous sa juridiction les onze provinces du Hexi au Hehuang. Désigné par la suite fonctionnaire à la Cour, son petit-fils Zhang Chengfeng lui succède au titre de gouverneur des frontières alors que le clan de Shazhou se voit rongé par des luttes de pouvoir. L'ancien pays Jinshan des Han Occidentaux est rebaptisé par ce dernier "Fils du Ciel vêtus de Blanc du Pays de Jinshan".

       Peu après sa fondation, le nouveau royaume de Jinsha entre en conflit avec l'ancienne annexion Huihu de Ganzhou, située dans la partie médiane du couloir de Hexi. Jinshan, inférieur en nombre à l'adversaire, essuie une défaite écrasante avant de s'éteindre en 914. Le grand historiographe Cao Yijin succède au titre de gouverneur des frontières et règne sur les districts de Guazhou et de Shazhou. Il développe l'économie, fait prospérer la culture et renforce l'armée. Il entretient des relations amicales avec les pays voisins de Huihu et de Yutian, maintenant paix et stabilité au sein d’un gouvernement qui perdurera plus de cent trente années.

       Le onzième siècle est marqué par l'ascension en puissance de l'ethnie Danggong du nord-ouest de la Chine qui annexe en 1028 Huihe dans le Ganzhou, puis Guazhou et Shazhou, pour fonder en 1038 la dynastie des Xia Occidentaux (1038 – 1227). Le pays de nouveau divisé se voit confronté au règne concomitant de trois dynasties, celles des Song (960 – 1279), des Liao (907 – 1125) et des Xia Occidentaux, laquelle prend pouvoir sur Dunhuang pendant plus de cent ans.

       En 1206, l'empereur Yuan Taizu des Song unifie les terres au nord du désert de Shazhou. Doté d'une armée puissante, il exerce une autorité suprême à travers l'empire, signe des traités d'alliance avec les ethnies voisines et attaque le pouvoir des Xia Occidentaux. En 1227, l'armée mongole défait ces derniers et Dunhuang tombe sous la sphère d'influence de la dynastie des Yuan (1279 – 1368). 

       Après avoir fondé la dynastie des Ming (1368 – 1644), l'empereur Zhu Yuanzhang détache Feng Sheng, duc de Song, pacifier le Hexi. Il y fortifie la Grande Muraille et ouvre la passe de Jiayu, à l'ouest de laquelle il établit sept garnisons dont celle de Shazhou à Dunhuang. En 1516, à bout de forces, ses troupes sont défaites par Turfan. En 1542, l'empereur décrète un transfert de la population des sept garnisons vers l'Est et la fermeture de la passe Jiayu. Abandonnées, les régions de Guazhou et de Shazhou connaissent plus de deux cents ans de déclin.

       A la fin du règne de l'empereur Kangxi (1654 – 1722) de la dynastie des Qing (1644 – 1911), les vastes zones des environs de la passe Jiayu font l'objet d'un regain d'intérêt et sont réhabilitées par l'empire. En 1725, la garnison de Shazhou est établie à Dunhuang et plus de deux mille quatre cents foyers de la province du Gansu y sont transférés. On pratique le défrichage des terres et met en œuvre le développement de l'agriculture. Vers la fin du règne de l'empereur Yongzheng (1678 – 1735) plus de six mille six cent soixante-dix hectares sont cultivés. En 1760, la garnison de Shazhou est nommée district de Dunhuang. En 1949, après la fondation de la République populaire de Chine, Dunhuang est largement développée, en 1987 le Conseil des Affaires d'Etat l’élit municipalité. 

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